Bonjour,
Je suis ravie de vous retrouver cette semaine.
J’ai trouvé le sujet cette semaine en découvrant sur Linkedin une étude très intéressante intitulée “Les français et la perte d’autonomie”
On mettra de côté le fait que le titre annonce la perte d’autonomie et qu’on ne parle que de dépendance dans cette étude.
Deux résultats ont particulièrement retenu mon attention :
Le premier point : ce qui est appelé dans l’étude “les opinions relatives à la perte d’autonomie”
Qu’apprend t’on ?
96% des personnes interrogées sont d’accord avec l’affirmation suivante : “on ne devrait jamais être seul à gérer la perte d’autonomie d’un de ses proches”. Tout le monde est d’accord pour reconnaître que la dépendance requiert de faire appel à des professionnels en particulier des services à la personne.
Mais qui dit intervention de professionnels … dit ARGENT et face à la question du financement les personnes interrogées montrent leurs inquiétudes :
91% des personnes interrogées sont d’accord pour reconnaître que les financements publics ne sont pas suffisants. (en même temps qui dirait le contraire ?)
88 % considèrent que la prise en charge par des dispositifs d’aide est insuffisante.
Et 79% pensent qu’ils n’auraient pas les moyens d’être correctement pris en charge.
Le deuxième point : la partie 4 de l’étude : “L’opinion des Français sur les modes de financement de la prise en charge de la dépendance”
On y apprend que le coût de la dépendance à domicile est en moyenne de 2200 € et de 2500 € en établissement. Je ne sais pas d’où proviennent ces chiffres mais on mélange quand même les choux et les carottes à mon avis puisque 2500 € pour un établissement correspond au coût de l’hébergement et de la dépendance. Alors que les 2200 € annoncés pour le domicile n’incluent eux que les frais des interventions à domicile (hors coût du logement, prix d’un loyer par exemple).
Il est retenu un reste à charge de 400 à 700 € par mois en moyenne en comptant une retraite et la prise en charge de l’APA.
Evidemment 51% des français estiment que ce reste à charge devrait être prise en charge par un financement public au nom de la solidarité nationale. (on aimerait … mais est-ce réaliste ?)
Ce qui est par contre intéressant, ce sont les alternatives proposées au seul financement public :
un financement sur le modèle de la santé avec des complémentaires : on cotise chaque mois afin de bénéficier du remboursement de certaines dépenses liées à la dépendance. C’est un modèle proche de celui de l’assurance dépendance. Ce modèle est fondé sur le RISQUE. Comme on risque de tomber malade, on risque de devenir dépendant et d’avoir besoin de financer des soins dans un cas et des services d’aide dans l’autre.
une formule d’épargne volontaire (type PER). Et là nous ne sommes plus dans le risque mais bien l’épargne avec un objectif patrimonial (parfois long terme) visant à financer sa dépendance future à travers un produit dit “tunnel” (dont on ne peut sortir qu’à la réalisation du fait pour lequel on a souscrit le produit, ici la survenue de la dépendance).
Ce qui est intéressant dans ce débat, c’est de savoir si la dépendance doit être considéré uniquement comme un risque contre lequel on va s’assurer. On sous-entend donc qu’on peut (ou non) devenir dépendant, qu’on peut (ou non) avoir besoin de services liés à la dépendance … On en revient à l’aléa, notion essentielle en matière d’assurance : est-ce qu’il y a une chance d’échapper à la dépendance ?
Mon but n’est pas ici de rentrer dans un discours théorique mais de montrer comment la façon dont on considère la dépendance peut influencer la manière dont on peut s’y préparer.
Après cette entrée en matière un peu longue … de quoi va t’on parler ?
c’est quoi la dépendance ?
combien de temps vit-on dépendant ?
combien ça coûte ?
Comment financer sa dépendance ?
C’est quoi la dépendance ?
C’est rencontrer des difficultés à faire par soi-même des actes de la vie courante.
Ces difficultés peuvent être présentes dès la naissance en raison d’un handicap, survenir brutalement ou s’installer progressivement à la suite d‘un accident, d’une maladie ou avec l’avancée en âge.
Ces difficultés entraînent le besoin d’aides matérielles ou humaines.
Selon l’origine de la dépendance, les sources de financements ne sont pas les mêmes : on peut différencier par exemple le handicap du vieillissement mais il existe de nombreuses autres particularités : les accidents du travail, les accidents de la circulation, les maladies …
Je vais me concentrer ici sur la dépendance liée au vieillissement.
Combien de temps vit-on dépendant ?
En 2020, l’espérance de vie à la naissance était de 85,1 ans pour une femme et de 79,1 ans pour un homme (en 2021, l’espérance de vie des femmes à la naissance est de 85,4 ans contre 79,3 ans selon l’INSEE).
Et dépendant alors ?
La Drees a mené une étude sur l’espérance de vie “sans incapacité”.
Sans incapacité signifiant ne pas être limité depuis au moins 6 mois à cause d’un problème de santé dans les activités que font les gens habituellement.
Elle a également distingué les incapacités sévères.
En 2020, l’espérance de vie sans incapacité est de 65,9 ans pour les femmes et de 64,4 ans pour les hommes. L’espérance de vie sans incapacité sévère est de 77,9 ans pour les femmes et de 73,8 ans pour les hommes.
Si on ne prend en compte que les chiffres relatifs à des incapacités sévères, c’est plus de 7 ans pour les femmes et plus de 5 ans pour les hommes d’une vie avec des incapacités sévères.
(lien vers l’étude : Etudes & résultats - Drees - Oct 2021 - 1213)
Pour calculer combien de temps on vit dépendant, il est également possible de prendre en compte les chiffres de l’APA.
Pour rappel, l’APA (l’allocation personnalisée d’autonomie) vient prendre en charge tout ou partie des dépenses liées à la dépendance (en raison de l’âge et non d’un handicap). Cette prise en charge est accordée en fonction des besoins et selon une classification appelée GIR (il y a 6 niveaux : le GIR 1 étant le niveau de dépendance le plus élevé et le GIR 6 étant le niveau le plus bas. Seules les GIR 1 à 4 donnent droit à une prise en charge APA.
Selon une étude de la DREES, l’espérance de vie dans l’APA est en moyenne de 2,4 ans fin 2019. En pourcentage, c’est un peu moins de 10% de l’espérance de vie totale à 60 ans.
Ce qui semble logique puisque l’APA est accordée aux personnes les plus dépendantes mais ne doit pas faire oublier que tous les besoins liés à la dépendance ne sont pas couverts par l’APA et qu’on peut avoir besoin de financer sa dépendance bien avant …
(lien vers l’étude : Etudes & résultats - Drees - Oct 2021 - 1212)
Combien ça coûte ?
Tout dépend de ce qu’on prend en compte dans les besoins liés à la dépendance et du lieu de vie (domicile, EHPAD).
Domicile VS EHPAD
Pour l’EHPAD, j’ai trouvé une étude menée par Que choisir qui calcule l’écart mensuel entre les revenus des résidents et le prix d’une place en EHPAD.
La moyenne nationale est de 416€ de reste à charge. Toutefois l’écart se creuse en région parisienne ou en PACA alors que le Finistère est le seul département où il n’y a pas de reste à charge …
(Pour lire l’article : Coût EHPAD - Article Notre temps - 19_05_2022)
A domicile
J’ai pris les chiffres relevés dans les comptes de la sécurité sociale qui estime le coût moyen par personne par an en GIR 1-4 (c’est-à-dire bénéficiant de l’APA) à 12 300 € par an.
Ce qui est intéressant c’est la répartition : le reste à charge moyen payé par les personnes est en moyenne de 600 € .
11 700 € sont donc payés par l’Etat, les départements, l’assurance maladie et la CNSA.
(Pour lire : Coût de la dépendance)
Evidemment, tous les besoins à financer ne sont pas pris en compte dans cette étude …
Si on veut avoir une idée de ce que coûte le fait de vieillir, on peut aller voir du côté de l’étude menée par Retraite.com et Silver Alliance :
L’étude est plus complète parce qu’elle prend en compte un panel de produits et services liés au vieillissement comme l’aménagement du logement (salle de bain notamment ), les appareillages (optiques, auditifs ..) ou les solutions de communication.
(Pour lire : Baromètre bien vieillir à domicile)
Ce que j’en pense :
vieillir ça coûte … et cher si on ne se limite pas à la seule grille Aggir et qu’on souhaite bien vieillir.
Financer sa vieillesse ce n'est pas uniquement financer sa retraite et la possibilité de partir une semaine par an en croisière. C’est un objectif différent et spécifique qui doit être traité comme un objectif patrimonial spécifique et ne doit pas être englobé dans la préparation de la retraite.
Comment financer sa dépendance ?
Je ne vais pas ici faire un inventaire des solutions … mais plutôt essayer de voir comment le traiter comme un objectif à part entière.
Combattre le biais du temps présent
On commence par l’obstacle le plus répandu et qui est commun à la préparation de la retraite : le biais du temps présent.
C’est celui qui fait que l’on repousse toujours le moment de s’y préparer. On le sait mais on ne le fait pas préférant profiter d’aujourd’hui plutôt que de penser à demain et à la vieillesse.
Et celui qui a étudié notre préférence à choisir un plaisir immédiat plutôt que des bénéfices à long terme, c’est Walter Mischel avec le test du Marshmallow.
Le test consistait à laisser seuls des enfants devant un marshmallow après leur avoir expliqué que s’il ne mange pas ce bonbon avant le retour de l’adulte, ils auront le droit à un deuxième bonbon.
Il a étudié la vie de ces enfants devenus adultes et a constaté une différence entre ceux qui avaient attendu et ceux qui avaient mangé le marshmallow immédiatement. Les premiers avaient une meilleure capacité à atteindre leurs objectifs à long terme que les seconds.
Et comment s’étaient comportés les enfants qui avaient su résisté au marshmallow ? ces enfants étaient partis jouer : ils avaient détournés leur attention du bonbon en attendant le retour de l’adulte.
Pour en revenir à la dépendance (ou à la retraite …), et à la meilleure manière de ne pas reporter le moment où l’on préfère concrètement économiser 50 € pour des dépenses auxquelles on devra peut-être faire face dans plusieurs années plutôt que de les dépenser … c’est de se créer une routine.
Je m’explique :
pour lutter contre ce biais du temps présent, il est indispensable de se créer une routine : un versement régulier (mensuel) et automatique (pas le choix). Une fois mis en place, les 50 € sont versés immédiatement en début de mois (dès le versement du salaire par exemple).
il peut être nécessaire de ne pas se laisser la possibilité de pouvoir retirer l’argent placé. C’est l’avantage (et l’inconvénient) du “produit tunnel” comme le PER. On ne peut pas piocher dans l’argent placé avant la retraite (sauf exceptions).
On peut commencer tôt avec de petites sommes et augmenter les versements avec l’âge (au fur et à mesure de la montée d’angoisse 😂).
Ne pas minimiser
On l’a vu précédemment : vieillir coûte … et ce sont des coûts totalement différents de ceux d’une vie à la retraite en bonne santé.
Miser sur le fait qu’on sera nécessairement en bonne santé, que la vieillesse et tous ses bonheurs ne nous atteindront pas est un pari …
Lorsqu’on souhaite analyser ses futurs besoins financiers à la retraite, on calcule souvent par rapport à sa vie d’avant, celle en activité, celle où on était en bonne santé (mais où les enfants coûtaient chers). On cherche en épargnant à compenser la baisse attendue des revenus au passage à la retraite.
Il faudrait peut-être changer d’analyse et ne plus regarder en arrière mais se plonger en avant, c’est-à-dire vers la vieillesse.
Il faudrait ne pas se baser sur l’objectif de vouloir maintenir son niveau de vie antérieur au moment de la retraite mais de vouloir bien vieillir à domicile. Sinon le calcul est pas bon …
Une erreur également largement commise lorsqu’on sous-estime ses futurs besoins c’est de transmettre trop … trop tôt.
Pour cela, il suffit de donner un exemple (caricatural ? pas si sûr) :
Monsieur X, 75 ans, fait une donation. A 80 ans, il doit entrer en EHPAD mais n’a plus les moyens de régler les frais d’établissement et doit faire appel à l’aide sociale. Le conseil départemental peut exercer un recours en récupération contre le donataire.
Alors transmettre OUI mais pas s’en avoir pris en compte réellement ses futurs besoins.
Ne pas adapter son patrimoine
On ne gère pas son patrimoine de la même manière lorsqu’on a 20 ans, 40 ans ou 80 ans …
C’est une évidence mais il faut en tenir compte.
C’est particulièrement vrai si vous avez une tendance à considérer qu’il n’y a rien de mieux que la pierre.
En effet, gérer des locatifs à 40 ans c’est sympa mais à 80 ans c’est fatigant.
Est-ce qu’il faudra à un moment vendre ces biens ou tout simplement organiser la gestion par un tiers ? tout dépend de la situation mais la question doit être posée notamment en raison de l’avancée en âge.
Par ailleurs, la dépendance nécessite des besoins en liquidités. Or un patrimoine uniquement constitué d’immobilier est, par définition, peu liquide.
Là encore, les loyers perçus peuvent être suffisants pour compléter une vie à la retraite en bonne santé mais insuffisant pour financer des besoins grandissant liés à la dépendance.
Ne pas anticiper la décumulation
La décumulation est le moment où , après avoir épargné, investi …, la personne a besoin de sortir l’argent placé.
Et ça ne s’improvise pas … même mieux ça s’anticipe parfois dès la souscription du produit.
Je vous donnerai ici juste deux exemples :
faire le choix entre une sortie en rente viagère ou une sortie en capital pour une assurance-vie
La sortie en rente viagère pour une assurance-vie entraîne l’aliénation du capital à l’assureur. Il n’est plus possible de faire machine arrière. Le montant de la rente est fixée et vous ne pouvez plus demander de rachat en capital en cas de besoin ponctuel. Si, au moment du choix (rente ou capital), la dépendance est oubliée … cela peut poser problème ultérieurement.
le choix de la déduction ou non des versements volontaires dans un PER
Le choix réalisé au moment du versement impacte en effet la fiscalité lors de la sortie.
Considérer la dépendance seulement comme un risque et non comme un objectif patrimonial
La considérer seulement comme un risque, c’est prendre une assurance dépendance et se sentir rassuré.e. C’est traiter la dépendance comme le vol d’une voiture ou dégât des eaux : un truc qui peut arriver …
Si jamais je choppe la dépendance, je m’assure …. et comme ça je serai couvert.
Mais couvert de quoi exactement ?
et en général on ne le sait même pas mais on est couvert. Le problème est réglé.
Petit rappel : l’assurance dépendance est un contrat de prévoyance.
On verse à fonds perdu : si on ne devient jamais dépendant, l’argent versé est perdu. Si on devient dépendant gravement et pendant très longtemps, on peut toucher plus d’argent qu’on en aura versé… (C’est l’jeu ma pauvre Lucette …)
que couvre un contrat dépendance ?
ça dépend du contrat : certains contrats vont se baser sur une liste d’actes de la vie courante d’autres sur la grille AGGIR (qui sert pour l’APA). Il faut lire les conditions du contrat pour le savoir
les conditions pour en bénéficier dépendant également du contrat : il faut un certificat médical du médecin ou alors le passage d’un médecin expert de l’assurance
le contrat peut prévoir de couvrir la dépendance totale ou partielle
le montant de la prime versée dépend de la protection demandée (dépendance totale ou partielle) et du niveau de la rente qui sera versée.
il ne faut pas arrêter le versement de la prime sous peine de voir le contrat suspendu puis résilié et donc plus de couverture dépendance.
On voit tout de suite qu’il peut s’agir d’un complément versé dans des conditions fixées préalablement au contrat.
Contrairement à un produit d’épargne sur lequel on peut procéder à des retraits comme dans une assurance-vie, le versement de la rente n’a lieu qu’à des conditions très précises et en général de dépendance correspondant à celles de l’APA (GIR 1 à 4).
C’est un complément utile mais qui ne fait pas tout et surtout ne permet pas de s’éviter la réflexion nécessaire à engager sur l’adaptation de son patrimoine.
En conclusion,
La dépendance est spécifique et ne peut être confondue avec l’objectif qui consiste à vouloir financer sa retraite (que l’on imagine toujours en bonne santé).
La dépendance ne doit pas non plus être oubliée face à l’objectif (louable) de vouloir transmettre afin d’éviter de se retrouver totalement démuni.
Je m’arrête ici pour aujourd’hui mis n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez …
A très vite,
Laetitia








